
Le prix de gros de l’électricité peut diminuer sans que votre facture baisse immédiatement. Cette différence s’explique par trois mécanismes : les fournisseurs achètent une partie de leur énergie à l’avance, les tarifs réglementés suivent une méthode de calcul qui lisse certaines évolutions et le prix final comprend aussi l’acheminement, les taxes et l’abonnement. Le délai et l’ampleur de la baisse dépendent donc de votre contrat et des composantes de votre facture.
Pourquoi le prix de gros n’est-il pas le prix payé sur la facture ?
Le marché de gros correspond aux échanges d’électricité entre producteurs, fournisseurs et autres acteurs du secteur. Il existe plusieurs horizons de négociation, qui ne doivent pas être confondus.
- Le marché spot : il concerne des livraisons proches, notamment celles du lendemain. Ses prix varient rapidement selon la production disponible, la météo, les capacités de production et la demande.
- Les marchés à terme : ils permettent de négocier à l’avance des volumes d’électricité pour des livraisons futures. Leurs prix intègrent les anticipations des acteurs et peuvent évoluer différemment des cours spot.
Cette distinction est importante. En 2025, les prix à terme de l’électricité en France ont poursuivi leur baisse, tandis que les prix journaliers spot sont restés relativement stables en moyenne, avec de fortes variations horaires. Selon la Commission de régulation de l’énergie (CRE), les échanges spot ne représentaient qu’une partie des volumes négociés sur les marchés de gros. Le bilan électrique de RTE recense 153 TWh échangés sur le spot, contre plus de 1 530 TWh sur les marchés à terme cette année-là.
Les fournisseurs peuvent combiner plusieurs échéances d’achat selon leur stratégie d’approvisionnement. Une diminution du spot ne signifie donc pas que toute l’électricité qu’ils livreront a été achetée au nouveau prix. Le bilan électrique 2025 de RTE permet de distinguer ces volumes et les évolutions des différents marchés.
Il faut également distinguer les unités utilisées. Les marchés de gros expriment généralement les prix en euros par mégawattheure (€/MWh), tandis que les contrats résidentiels affichent le prix de fourniture au kilowattheure (€/kWh).
Attention aux unités : 1 MWh correspond à 1 000 kWh. Diviser un cours exprimé en €/MWh par 1 000 permet de le convertir en €/kWh. Cette conversion ne donne toutefois pas le prix final TTC : elle ne comprend pas automatiquement l’acheminement, la fiscalité, les coûts de commercialisation ni l’abonnement.
Pourquoi une baisse du marché met-elle du temps à se transmettre ?
Le premier décalage vient des achats anticipés. Lorsqu’un fournisseur a déjà sécurisé une partie de ses besoins pour une période future, une baisse récente des cotations ne modifie pas rétroactivement le prix de ces achats. Les conditions négociées plusieurs mois auparavant continuent de compter dans son coût d’approvisionnement.
Le second mécanisme concerne les tarifs réglementés de vente de l’électricité (TRVE). Leur calcul repose sur une méthode encadrée qui prend en compte plusieurs composantes, et non sur une seule cotation quotidienne. Dans la méthode étudiée pour février 2026, la part marché de l’approvisionnement était lissée sur deux ans. Cette durée correspond à une méthode de calcul, pas à un délai d’attente individuel garanti pour tous les consommateurs.
Pour replacer une évolution ponctuelle dans une perspective plus longue, l’article d’Opéra Énergie consacré à l’évolution du coût du kWh depuis 10 ans présente les différentes phases de hausse et de détente du prix de l’électricité. Cette chronologie aide à comprendre les mouvements historiques sans permettre de prévoir la prochaine variation de votre contrat.
Le périmètre de la méthode compte également : l’exemple tarifaire de février 2026 présenté par la CRE concernait les consommateurs souscrivant une puissance inférieure à 36 kVA. Il ne faut donc pas étendre automatiquement cette illustration à toutes les puissances ni aux offres de marché, qui dépendent de leurs propres conditions contractuelles.
La méthode tarifaire de la CRE explique notamment le rôle du lissage et la prise en compte des différents coûts dans le calcul des tarifs réglementés.
Quels coûts peuvent empêcher la facture de baisser autant ?
Le prix de l’électricité achetée n’est qu’une partie du montant payé par le consommateur. La facture comprend notamment la fourniture, l’utilisation des réseaux publics, les coûts de commercialisation, la fiscalité et l’abonnement. Ces postes peuvent évoluer indépendamment les uns des autres.
−0,83 %
Variation moyenne TTC proposée par la CRE en janvier 2026 pour les TRVE au 1er février 2026. Les tarifs correspondants ont ensuite été fixés par arrêté et sont entrés en vigueur le 1er février 2026. Cette moyenne ne constitue pas une baisse identique pour chaque foyer.
Cette évolution illustre la compensation entre plusieurs mouvements. La CRE signalait une diminution du coût d’approvisionnement en énergie et des garanties de capacité, mais également une hausse des coûts de commercialisation, notamment liée aux certificats d’économies d’énergie (CEE), ainsi qu’une augmentation des rattrapages tarifaires. La baisse de certaines composantes ne se traduit donc pas nécessairement par une diminution équivalente du total.
Le schéma ci-dessous permet de visualiser les étapes qui séparent les marchés de gros de la facture finale.

Le réseau et les taxes suivent leurs propres évolutions
L’acheminement dépend notamment du tarif d’utilisation des réseaux publics d’électricité (TURPE). Celui-ci finance l’utilisation des infrastructures de transport et de distribution. La fiscalité, de son côté, répond à des règles distinctes des cotations de gros. Une baisse du coût de l’énergie achetée ne suffit donc pas à déterminer l’évolution de ces autres postes.
La baisse moyenne de 15 % TTC des tarifs réglementés entrée en vigueur en février 2025 illustre cette situation. Elle intervenait alors que le TURPE augmentait de 7,7 % et que certaines taxes, notamment l’accise sur l’électricité, progressaient également. Le bilan tarifaire de février 2025 publié par le Médiateur national de l’énergie détaille ces évolutions et leurs conséquences selon les contrats.
Ces pourcentages ne s’additionnent pas directement : les 15 % concernent une facture moyenne TTC, tandis que les 7,7 % portent sur le tarif de réseau. Ils n’ont donc ni la même assiette ni le même périmètre.
L’abonnement représente une autre composante à distinguer. Il constitue une part fixe de la facture, contrairement au coût des kilowattheures consommés. Si son montant reste inchangé, une diminution du prix du kWh ne réduit que la partie variable de la dépense. L’effet sur le total dépend donc aussi de la consommation du foyer.
Quel rôle joue votre contrat d’électricité ?
Deux foyers ayant une consommation identique peuvent constater des évolutions différentes après une baisse du marché. Leur contrat, leur option tarifaire et les conditions d’évolution du prix expliquent cette différence.
| Type d’offre | Mécanisme d’évolution | Point à vérifier |
|---|---|---|
| Tarif réglementé | Prix calculé selon une méthode réglementaire intégrant plusieurs composantes, dont une part d’approvisionnement lissée. | Date d’évolution, option tarifaire et puissance souscrite. |
| Offre à prix fixe | Prix de fourniture garanti selon le périmètre et la durée prévus au contrat. | Durée de garantie, taxes et autres frais susceptibles d’évoluer. |
| Offre à prix indexé | Prix évoluant selon un indice ou une référence définie contractuellement. | Indice suivi, fréquence et formule de calcul. |
Une offre à prix fixe peut conserver son prix de fourniture malgré une baisse des marchés jusqu’à l’échéance prévue. Cette garantie ne signifie pas nécessairement que toutes les taxes et charges réglementées restent constantes. Il faut examiner le périmètre exact de la garantie dans les conditions contractuelles.
Une offre indexée ne suit pas automatiquement le cours spot. Elle évolue selon la référence prévue dans le contrat, qui peut être un tarif réglementé ou un autre indice. La fréquence et la formule d’indexation déterminent donc la manière dont une variation du marché peut être répercutée.
Le fonctionnement du Tarif Bleu constitue un exemple de tarification réglementée : son évolution dépend d’une méthode encadrée et non du seul cours quotidien de l’électricité sur les marchés de gros.
Comment savoir si une offre moins chère vous ferait économiser ?
Une annonce de baisse des prix de gros ne suffit pas pour décider de changer de fournisseur. Pour évaluer l’intérêt d’une autre formule, comparez le coût annuel estimé avec votre consommation réelle et des conditions équivalentes.
- Repérer le nom et la formule de votre contrat : tarif réglementé, prix fixe ou prix indexé.
- Relever la puissance souscrite et l’option Base ou heures pleines/heures creuses.
- Noter le montant annuel TTC de l’abonnement et chaque prix du kWh TTC.
- Vérifier la consommation annuelle en kWh et sa répartition entre les plages horaires.
- Comparer les coûts annuels à profil identique et lire les conditions d’évolution des prix.
Calculer le coût annuel plutôt que regarder un seul prix
Avec une option Base, le calcul simplifié est le suivant :
Coût annuel estimé TTC : abonnement annuel TTC + (consommation annuelle en kWh × prix TTC du kWh).
Pour une offre heures pleines/heures creuses, calculez séparément le coût des kilowattheures consommés pendant chaque plage, puis ajoutez l’abonnement annuel. Les éventuels autres frais applicables doivent également être pris en compte.
Un contrat proposant un prix du kWh inférieur peut rester plus coûteux sur l’année si son abonnement est suffisamment élevé. À l’inverse, un abonnement plus important peut être compensé par un prix variable plus avantageux lorsque la consommation est élevée. C’est pourquoi les deux offres doivent être comparées avec la même puissance, la même option et le même profil de consommation.
Le schéma suivant résume les éléments à conserver identiques pour effectuer une comparaison annuelle cohérente.

Enfin, vérifiez la date d’application des nouveaux tarifs et les modalités de révision prévues dans le contrat. Une offre intéressante à une date donnée peut évoluer par la suite selon son indice de référence ou ses conditions particulières. Le coût annuel estimé reste donc plus pertinent qu’une comparaison fondée uniquement sur une cotation ponctuelle du marché.
Ce qu’il faut retenir avant de changer d’offre
La baisse du prix de gros ne détermine ni la date ni l’ampleur de la diminution de votre facture. Pour savoir si votre contrat peut en bénéficier, identifiez sa formule, vérifiez les conditions d’évolution du prix et comparez le coût annuel en tenant compte de l’abonnement et de votre consommation réelle.
Une fois ces éléments vérifiés, vous pouvez également comparer les fournisseurs historiques en tenant compte du service client et des modalités de facturation, et pas seulement du prix du kilowattheure.